Bernard Larrieu, l’enfant du pays.

Posté le 12/09/2013 dans Les Gens d’ici.

Si l’on souhaite rencontrer Bernard Larrieu, pendant les mois d’été, inutile de partir à sa recherche sur le Bassin ou au Cap Ferret, hauts lieux des « m’as-tu-vu » de la gentry bordelaise ou des bobos parisiens. Bernard Larrieu vit alors en Entre-deux-Mers, tapi au flanc d’un vallon, dans la petite maison paysanne que lui ont laissée ses parents, pas très loin de l’école où il a vu le jour ; sa mère étant alors l’institutrice dans l’école du village.

Il a grandi là avec sa sœur, enfants choyés par  leurs parents dont une mère, toutefois, exigeante éducatrice, petit paysan parmi les paysans qui menaient alors une vie rude et simple.Si le destin n’en avait décidé ainsi, il aurait pu, comme tout un chacun, naître ailleurs : en Italie, par exemple. Sa grand’mère paternelle n’était-elle pas italienne pratiquant le beau métier de modiste (métier, aujourd’hui , quasiment disparu). Une modiste rêvant de coiffer les belles parisiennes, car c’est entendu, il n’est de mode qu’à Paris ! C’est pourquoi elle arrive un jour dans la capitale française, où elle rencontre son mari, originaire de Bordeaux. Ce dernier rescapé de la guerre de 14, grand, bel homme, séduisant et séducteur enclin au mariage éphémère, s’en fut après un divorce,  quelques temps après avoir délocalisé son épouse à Bordeaux, laissant la jeune modiste, chargée d’un petit garçon, se débrouiller. Ce qu’elle fit en montant son magasin transposant de fait la mode parisienne auprès des bordelaises. Quelques années plus tard son fils, de situation modeste mais passionné de littérature avec une prédilection pour Montaigne et Proust, épousera  celle qui deviendra la mère de Bernard. Cette dernière ,institutrice, fut nommée à Saint Pey de Castets où la famille paternelle avait quelques biens et c’est d’ailleurs cette maison  qui est aujourd’hui la maison de campagne de Bernard.  Bernard qui naîtra en 1949 dans le logement de fonction de l’institutrice ; on imagine avec vue sur la cour de l’école, bercé par les cris des écoliers pendant les récréations. L’enfant y fera toute sa scolarité jusqu’au moment d’entrer au lycée Montesquieu à Bordeaux.

Ancré dans ce terroir, très tôt, le petit garçon s’interrogera sur la pénibilité du métier de paysan.Il verra arriver le tracteur remplaçant le bœuf, il verra jaillir l’eau au robinet et l’abandon de la fontaine, il verra la révolution industrielle remplacer des lignées de paysans. Il verra tout cela tout en rêvant sur la mythologie grecque : l’Iliade et l’Odyssée.

Il aurait pu devenir sociologue, il choisira l’histoire et le professorat, sera nommé au collège de Branne en Entre-deux-Mers retrouvant son ancrage, ses marques sur ce territoire qui est le plus riche en patrimoine de la Gironde et dont la géographie atypique  avec ses coteaux émergeant du plat pays, a donné des paysages magnifiques ! C’est à peut près à ce moment là qu’il s’interroge. Pourquoi l’Entre-deux-Mers, cette presqu’île entre Garonne et Dordogne, dont le Bec d’Ambès éperonne l’estuaire (le plus grand et le plus sauvage d’Europe) dont les marées des deux rivières s’épuisent pour la Garonne jusqu’à La Réole, pour la Dordogne jusqu’à Castillon la Bataille ; pourquoi cet Entre-deux-Mers morcelé en une multitude de « pays » qui se disent foyen, de Saint Macaire, du Créonnais, etc….n’est défini que par sa périphérie et non par son centre ? Pourquoi ce territoire pourtant vaste n’est connu par les amateurs de vins que par l’appellation contrôlée Entre-deux-Mers,  alors que cette appellation ne recouvre que quelques hectares de terroir. Pourquoi sont-ils si nombreux ces bordelais à n’y avoir jamais mis les pieds ?

Il est vrai que cette région est plus faite pour les contemplatifs, pour les amoureux des vieilles pierres, pour les amis des arbres, pour les sensibles au couchant du soleil sur des paysages ouverts, à perte de vue…Voilà par quoi était interpellé le prof d’histoire ; voilà pourquoi en 1987 il a organisé le premier colloque portant réflexion sur « L’Entre-deux-Mers à la recherche de son identité » avec le concours de l’association historique de Branne (AHB).

Ce premier colloque aura tant de succès qu’il sera suivi, tous les deux ans, de beaucoup d’autres. La preuve, en octobre aura lieu la 14ème édition autour de Pellegrue sous l’égide du CLEM (Comité de Liaisons de l’Entre-deux-Mers) regroupant les associations culturelles, archéologiques, patrimoniales.

Grandir, prendre de l’âge et de la maturité n’impliquent pas que l’on perde ses rêves d’enfant nourris par la mythologie grecque, c’est ce qui explique que, contre toute logique, Bernard Larrieu, dans les années 80, suscite le jumelage entre l’Entre-deux-Mers, région d’Europe et la Crète (qui a une forte identité culturelle), ce qui se traduit par une manifestation en alternance : soit ici, soit là-bas ! Ces années 80 étaient aussi une grande période coïncidant avec l’élan européen ce qui a permis d’intensifier alors les échanges avec le développement de programmes universitaires et scolaires malgré les difficultés liées aux problèmes de langues, de cultures, de temps, toutes choses qui n’ont en rien entravé la pérennité des rencontres puisque les prochaines auront lieu à Lignan de Bordeaux en 2014 et ce seront les vingt-cinquièmes!

Aujourd’hui Bernard Larrieu est surtout connu du grand public comme étant celui qui a remis sur le devant de la scène Léo Drouyn, ce prince de l’archéologie girondine. En 1996 c’est par hasard la découverte par Bernard Larrieu et Jean-François Duclot (autre passionné de patrimoine régional) de milliers de dessins, tombés dans l’oubli , de Léo Drouyn, artiste complet : dessinateur, lithographe, archéologue dont l’œuvre entière portera essentiellement sur le Moyen Age car  il en était un passionné comme en témoignent ses nombreux ouvrages et publications parmi les plus connus: L’Album de la Grande Sauve, La Guienne militaire, Le Guide du voyageur à Saint Emilion, Bordeaux vers 1450, Les Variétés girondines…

Depuis cette date, Bernard Larrieu semble n’avoir comme but premier que : faire sortir Léo Drouyn du passé, de l’anonymat, lui redonner vie, lui donner une dimension nationale qu’il n’a jamais eue de son vivant, en reconstituant bribes à bribes une œuvre unique. Celle-ci comporte quelques 5000 dessins, documents iconographiques soit près de quatre vingts années de travail, pendant lesquelles Léo Drouyn n’a jamais abandonné carnets de croquis, crayons fusains et autres…

Inlassablement Bernard Larrieu continue de fureter, rechercher toutes traces de l’œuvre de l’archéologue. Il travaille actuellement sur la correspondance de l’artiste, celle qu’il a entretenue avec sa famille, ses amis ; travail intellectuel qui ne l’empêche pas de superviser les « Fêtes à Léo » devenues maintenant très tendance, managées par l’association « Les Amis de la fête à Léo » créée en 2005.

Voilà déjà une dizaine d’années que la première « Fête à Léo et au patrimoine girondin » s’est inscrite dans le cadre de « Fêtes d’été en Gironde ». Depuis chaque année,  à travers des promenades paysagères, patrimoniales et ludiques, les gens de ce pays suivent les traces de Léo Drouyn et devenant eux aussi « accros » poursuivent leurs connaissances grâce aux volumes de la Collection des albums de dessins de Léo Drouyn (24 volumes en tout), tous publiés par les Editions de l’Entre-deux-Mers dont l’animateur est Bernard Larrieu.

Ce dernier poursuit année après année sa quête d’informations, de documents sur les pas de Léo Drouyn, comme investi d’une mission mais assurément passionné par la personnalité  de celui qui fut certainement l’un des plus prolifiques archéologue français « au sens ancien du terme, c’est-à-dire amateur de choses anciennes (et non au sens actuel du terme, si on pense à la fouille avec stratigraphie qu’il ne pratiqua jamais) –extrait de « Leo Drouyn, de l’archéologie à l’histoire- Anne-Marie Migayon et Bernard Larrieu.

Colette Lièvre.

Repères:

Vient de paraître aux Editions de l’Entre-deux-Mers, collection Art et Sciences,Léo Drouyn cet illustre inconnu – Bernard Larrieu. Les deux derniers Albums de la collection : Léo Drouyn Les Albums de dessins soit Léo Drouyn en Lot et Garonne et Léo Drouyn et Charentes, Dordogne et Haute Vienne. En vente dans toutes les bonnes librairies, auprès des Editions de l’Entre-deux-Mers : www.www.éditions-entredeuxmers.com

 


3 Replies to “Bernard Larrieu, l’enfant du pays.”

  1. J’ai quitté “Toutou” petit garçon et grâce à la magie du net je retrouve “Bernard” toujours passionné d’histoire, enraciné à sa terre maternelle. J’ai un souvenir très vif de la maison de St Pey, de Simone et Serge, du pépé et de ta Maman qui m’a beaucoup apporté.
    Je serais très heureuse d’avoir des nouvelles de Marie-Christine mais elle est très discrète et je n’ai rien trouvé la concernant. Voudrais-tu me communiquer, avec sa permission, ses coordonnées ? Merci d’avoir lu ces quelques lignes si lointaines d’un commentaire….Amitiés BONNE ANNEE 2015 ! Mireille

  2. Bonjour, lors de votre visite au Musée d eGajac nous avions évoqué la possibilité de faire une exposition Léo Drouyn à Villeneuve-sur-Lot. Serait-ce possible février à avril 2016. Pouvez vous me contacter sur mon mail.

  3. Bonsoir,
    Je suis la fille de Jacqueline Plat , j ai en ma possession de nombreux livres sur l histoire de la région entre autre les Variétés Girondines de Leo Drouyn .N en ayant aucune utilité je souhaiterais les vendre. Connaitriez vous dans votre entourage des personnes Interressees ?
    Avec mes remerciements
    I Guérin

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