Entretien avec Nicole Blet, présidente du planning familial à Bordeaux.

Posté le 15/05/2012 dans Les Gens d’ici.

L’histoire est un éternel recommencement, dit-on ! Le preuve : « le droit à l’avortement », dont on aurait pu penser que le loi Veil en avait tranché définitivement sur la liberté des femmes à disposer de leur corps, a été remis au centre de l’actualité des présidentielles, pour être contesté, et ce comble de l’ironie, par une femme, qui plus est avocate. Il est vrai qu’entre un ’humanisme bien compris et l’extrême droite affirmée il y a comme un abîme.

Historique.

Le planning familial a 56 ans !

C’est en  1956, qu’ un médecin français interniste, Marie-Andrée Lagroua Weill- Hallé gynécologue, horrifiée  de constater le nombre de décès de femmes suite à des avortements clandestins  décide d’organiser des stages sur la régulation des naissances. Cette idée lui est venue lors d’un séjour aux USA, où elle a découvert la possibilité de réduire ces avortements avec une bonne éducation sur la sexualité. A cette époque, en France, cela était difficile pour ne pas dire impossible, toute propagation anti-naissance, du préservatif à l’avortement en passant par toutes formes de contraception est toujours illicite. Elle organise donc des séances dans sa cuisine dans une quasi clandestinité. Suite à cela, l’information va se diffuser par le bouche à oreille, puis ces séances prendront de l’ampleur dans toute la France.
Enfin  l’association  « Maternité Heureuse » ancêtre du planning, sera fondée. Puis, en France, en 1967 la loi Neuwirth est votée.  Le planning, tout d’abord Mouvement Français du Planning Familial, ne cessera jamais de lutter, pour faire prendre ses responsabilités, en ce qui concerne la prise en charge de ces problèmes, à un Etat dit « de droit ». Soutenu par des associations, le planning familial a continué le combat jusqu’à aujourd’hui  avec pour point d’orgue le procès historique de Bobigny, (souvenez-vous, de cette mère qui avait aidé sa fille de 16 ans à avorter alors que cette dernière avait été violée par un  garçon de son lycée ; leur avocate s’appelait Gisèle Halimi, aidée dans ce retentissant procès par les féministes dont Simone de Beauvoir alors présidente de l’association « Choisir »), cette affaire a débouché sur la loi Veil,(le 17 juillet 1975, la loi sur la dépénalisation de l’interruption de grossesse, l’IGV).

C’était notre jeunesse, c’est tout proche et pourtant cela paraît si loin pour nos petites filles !

Le fonctionnement

L’Etat alloue une subvention  qui s’amenuise chaque année, à laquelle il faut ajouter les aides du Conseil régional et du Conseil général  ainsi que  celles de  quelques mairies et enfin les adhésions des particuliers. Nombreux sont ceux et celles qui pensent que les moyens de fonctionnement du planning sont acquis, alors que ceux-ci demandent une vigilance et le rappel de la défense des droits acquis permanents. A Bordeaux, deux personnes sont salariées grâce aux subventions et adhésions, les autres  permanentes sont bénévoles.

Les objectifs du planning familial

C’est toujours la défense de l’IVG et de son remboursement,  et le droit pour la femme d’« un enfant quand je veux, si je veux » est toujours d’actualité. Parallèlement Le planning continue son travail d’éducation à la contraception. Le planning étant une organisation féministe ,celle-ci loin d’en avoir honte, le revendique !Le planning accueille les femmes en difficulté (viols, violence conjugales, grossesses  non désirées, parfois avec délais légaux dépassés, problèmes sexuels, choix d’autres identités  sexuelles). Dans tous les cas, ces femmes seront écoutées et auront la possibilité de s’entretenir entre autres  avec une conseillère conjugale.

L’éducation nationale prévoit trois séances d’éducation sexuelle par an du primaire à la terminale ! Le planning est quelquefois demandé mais la présidente déplore le grand nombre d’établissement qui passe outre cette possibilité, qui pourtant permettrait la prévention, la connaissance des méthodes contraceptives donc l’accès au droit de chacune d’être maitresse de son corps et de son avenir.

Par ailleurs, le planning intervient dans les centres d’handicapés afin d’aborder avec eux  les problèmes qu’ils rencontrent avec leur sexualité. Les prisons également ont recours à ses services afin de venir en aide aux femmes qui vivent dans un climat de grandes violences.

Aujourd’hui,

Plus que jamais, la lutte est nécessaire. Au niveau financier, les attaques sont incessantes, baisse du budget de l’Etat. En 10 ans 100 centres ont fermé ; actuellement,  l’hôpital Pellegrin a quatre lits en moins de prévu pour des IVG. Problème de rentabilité ! En effet un IVG  rapporte 200 euros alors qu’une fausse couche 600, C.Q.F.D ! Mais il faut compter aussi sur les attaques morales de la part des intégristes catholiques alliés à l’extrême droite (et oui, l’intégrisme sévit dans toutes les religions !).

« Rien n’est jamais acquis à l’homme ni sa force ni sa faiblesse, ni son cœur » disait Aragon alors pour la femme pensez !!

Lysiane Rolland

Renseignements :

Planning familial : 18 rue Sainte Colombe, 33000 Bordeaux- Tél : 05.56.44.00.04


2 Replies to “Entretien avec Nicole Blet, présidente du planning familial à Bordeaux.”

  1. Bonjour, je suis étudiante en formation assistante de service social à ‘lirts de Talence.
    Actuellement en 4 ème année de formation, je ne travaille qu’à mi-temps. C’est pourquoi, je souhaiterai compléter ma formation en proposant mon expérience et mon soutien à votre association. Si cela vous intéresse, c’est avec plaisir que je vous exposerai les motivations qui m’animent, à l’occasion d’un éventuel entretien.

    Avec mes remerciements, je vous prie d’agréer, Madame, Monsieur, l’expression de mes salutations distinguées.

    Melle ZAMMIT Mélanie

  2. Bonjour, pouvez-vous nous laisser votre adresse électronique ou votre numéro de téléphone pour que nous puissions vous contacter. Merci.et Cordialement La rédaction

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