Les Gens d’ici …et d’à côté

Posté le 16/06/2016 dans Les Gens d’ici.

flyer-naissancedesfantomes-okwebLysiane RollandLaure Neumann, artiste en campagne.

Aller voir une exposition de Laure Neumann n’est pas qu’une démarche culturelle. Dès le premier contact avec ses œuvres, on sait que celles-ci s’adressent à notre part cachée et parfois inconnue de nous !

Il y a quelques années, je stoppais devant ses tableaux de tissu, ses cœurs encagés aux extensions vibrantes,  rouge sang. Cela se passait à Marmande, lors d’un évènement organisée par la méritante « Paloma »  association d’artistes, d’amis des arts et pourvoyeuse d’animations diverses autant que variées allant d’ateliers  de généalogie ou d’écriture en découverte de la flore environnante en passant par la calligraphie la peinture ou encore  des petits déjeuner littéraires !. Laure Neumann a adopté le lot et Garonne (ou est-ce le contraire ? ) après avoir quitté Paris en 2010. A partir de 18 ans elle expérimente un stage de sculpture dans le Béarn, premier contact réel avec l’art, puis  une fac d’architecture, l’école d’art appliqué Met de Penninghen (ESAG), enfin les beaux arts de Paris d’où elle sort avec un diplôme.

Les villages alentour deviennent écrins de ces installations oniriques qui chuchotent à notre inconscient, apaisent (c’est le but ) ou angoissent (là Laure se sent incomprise !) Ainsi j’allais à Caubon à la rencontre de sa noix géante : abri sarcophage ou matrice originelle ! Telle l’incarnation d’un désir de carapace et je restais longtemps devant  un mur bavard et fluctuant de lumières jouant sur une structure à la légèreté de gaze et à la blancheur de nuage.

Cet été je partis à travers la campagne déclinée en coteaux et vallons aux doux contours jusqu’à l’église de Poussignac, laquelle accueille à l’occasion expositions ou concerts. Jouxtant la salle regroupant divers artistes, je m’avançais dans l’église proprement dite. En son ombre au parfum de fontaine je découvris le gisant ! Il est difficile de décrire pareille œuvre ! Il faut imaginer un être de pierre, langé de toile de jute, la main fine qu’on a envie d’étreindre et surtout à la place du cœur une fleur écarlate de filaments s’étirant tels des antennes d’émotion pure, et de plus, s’approchant ce que l’on ne peut éviter de faire, on entend le battement sourd de ce cœur d’amour ! Des images de mon recueil personnel de légendes m’ont traversées comme la statue cœur battant du film « Les Visiteurs du Soir » ou encore « Le Golem » ou bien ces statues rencontrées ici ou là dont on capte en un étrange malaise le regard vivant !

L’exposition de Marmande « Naissance de fantômes » qui a eu lieu dans la médiathèque Albert Camus du 8 mars au 1er avril dernier a accueilli avec Laure Neumann, Daniel Boursin, tous deux en complicité ont uni leurs talents. Immédiatement le ton fut donné ! Tout de suite un pavillon nous invita à découvrir son secret, de toile légère, hantée d’images numériques et mouvantes sur une musique fugace, nomade, inductrice de sensations, recréant sans cesse d’autres accords avec les images défilant sur des airs différents, ainsi le visiteur devient créateur, acteur, en connexion avec l’artiste, le visiteur est intégré à l’œuvre !

Ensuite, je fus de tableau en tableau, guidée vers le tunnel. A son entrée, en préambule, des sculptures de pieds blancs sur plumes blanches, légèreté angélique d’une marche vers …… l’avant, l’arrière, le haut le bas ! La marche initiatique des âmes !

Le tunnel, vaporeux, fluide, visité de lumineuses images évanescentes. Au fond  m’attendait le gisant. Entre lui et moi des voiles de tulle à la texture de brumes à écarter, repousser, à franchir afin de le voir mieux, afin de le questionner sur ma condition d’humaine ! Je savais l’émotion ressentie à sa rencontre, je l’avais vécue à Poussignac mais là en cette blancheur d’éternité, j’entendis dans le silence entrecoupé des battements têtus de son cœur les sources de l’amour de la paix de la sérénité et celles-ci m’ôtèrent toute peur !

Lysiane Rolland


2 Replies to “Les Gens d’ici …et d’à côté”

  1. Quel beau texte! Je ne connais malheureusement pas l’oeuvre de Laure Neumann mais ce texte donne envie de pénếtrer son univers…

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