La Renommée au placard.

Posté le 16/05/2019 dans Histoire.

Cadillac est une petite ville dont le patrimoine est exceptionnel : bastide ayant conservé les lignes dominantes de son urbanisme médiéval, bonne part de son enceinte et bien entendu le château des ducs d’Epernon désormais transformé en un exceptionnel musée de la tapisserie, elle peut s’enorgueillir d’abriter, au flanc de la très belle collégiale Saint-Blaise, une chapelle funéraire comptant parmi les créations les plus raffinées de la Renaissance française. Cette chapelle, conçue pour abriter le mausolée des ducs d’Epernon, qui fut en son temps l’un des personnages les plus puissants du Royaume des derniers Valois. Ce mausolée a été fracassé par les révolutionnaires mais son décor : boiseries, le retable et son tableau ont été miraculeusement épargnés. Des fragments du mausolée sont conservés au musée d’Aquitaine, d’autres sont épars ici et là mais assez bien localisés. La pièce maîtresse du mausolée, la statue de la Renommée de Pierre Biard dut à sa beauté exceptionnelle d’avoir été préservée de la fonte, elle constitue actuellement le chef d’œuvre des collections de sculpture Renaissance du Louvre.

Il y a une trentaine d’année, les efforts conjoints des associations et de la municipalité, l’intervention de spécialistes de l’histoire de l’art et la bienveillance et la sollicitude de la direction du Musée du Louvre ont permis que soit réalisé par les ateliers du Musée une réplique de l’original. Cette réplique en résine, en tout point semblable à l’original avait été placée dans la chapelle, retrouvant ainsi la place qui est la sienne et apportant un atout maître à la chapelle, à l’église qu’elle borde et à la visite du château dont elle est le complément indispensable à la compréhension.

A la demande du desservant de la paroisse, la statue de la Renommée a été « mise au placard » ou plus exactement reléguée sur un palier de la mairie.

Quelle que soient les raisons données pour expliquer cette relégation, elles m’apparaissent totalement injustifiables du point de vue culturel esthétique et même éthique. Cette œuvre fait partie d’un tombeau surmontant une sépulture (les ossements des ducs et de leurs descendants sont toujours conservés dans la crypte) dans une chapelle qui n’a pas vocation à être un édifice de culte mais un édifice à vocation funéraire et votive. Il réduit cette chapelle qui, dans sa simplicité et son raffinement est un monument majeur du patrimoine non seulement local mais national à une annexe sinistre d’une belle église et prive les amateurs d’art et de culture d’un objet de délectation voulu par ses commanditaires et son créateur comme soutien d’une méditation d’ordre spirituel, comme l’est toute démarche de contemplation d’une œuvre d’art.

Mais comme il n’est pas de désagrément dont on ne puisse tirer profit, ce fait divers dérisoire de la mise au placard de la Renommée suscite un désir de redonner au Mausolée des ducs d’Epernon la place qu’il mérite dans le patrimoine non seulement cadillacais mais national.

Nous lançons donc une démarche de restauration de la chapelle. Vous pourrez être informé de l’avancée du dossier en consultant le blog des « Fans du Mascaret »- Philippe Araguas.

http://fansdumascaret.blogspot.com/

vous pouvez aussi visionner :

https://www.youtube.com/watch?v=YM4VKnQaChY

https://www.louvre.fr/oeuvre-notices/la-renommee –

(notice Valérie Montalbetti).

Commandée pour le monument funéraire de Jean-Louis de La Vallette, duc d’Épernon, gouverneur de Gascogne et de Marguerite de Foix-Candale, dans l’église Saint-Blaise de Cadillac (Gironde), cette figure représente la Renommée soufflant de la trompette. Elle avait pris place au sommet d’un monument funéraire à baldaquin. Les ailes de La Renommée ont été refaites en bronze par le sculpteur Chinard, en 1805.

Au sommet d’un mausolée . En 1597, le duc d’Épernon (1554-1642), gouverneur de Gascogne, fit de son château de Cadillac (Gironde) une somptueuse résidence. Il chargea le sculpteur Pierre Biard d’élever son monument funéraire dans l’église Sainte-Blaise de Cadillac. L’ordonnance du mausolée, connue par le dessin d’un voyageur hollandais Van der Hem (BNF, cabinet des Estampes), suivait le modèle des tombeaux royaux de Saint-Denis (Louis XII, François Ier et Henri II). Au sommet, encadrée par les statues priantes des défunts, le duc et sa femme Marguerite de Foix-Candale, se dressait la statue de bronze de la Renommée soufflant dans la trompette de la bonne renommée et tenant dans la main celle de la mauvaise. On retrouve cette iconographie dans certains grands tombeaux aristocratiques de l’abbaye de Westminster. Le tombeau offrait une riche polychromie de matériaux, selon l’usage en France à la Renaissance : statues de marbre blanc, colonnes de marbre rouge, chapiteaux et Renommée en bronze. Il fut détruit en 1792 : quelques fragments en marbre subsistent, conservés au musée d’Aquitaine à Bordeaux. La Renommée, considérée comme un chef-d’œuvre de l’art, fut épargnée et placée dans la bibliothèque de Cadillac en 1794. Transférée à Bordeaux en 1804, elle fut restaurée vers 1805 par Joseph Chinard (grand sculpteur de l’Empire) : il refit en bronze les ailes brisées, originairement en bois ; il modifia la position de l’aile gauche : alors qu’elle partait horizontalement vers l’arrière, il la dirigea vers le haut. Les trompettes et le socle d’origine sont manquants. La statue entra au musée du Louvre en 1834, où elle fut inscrite par erreur comme provenant du château Trompette.

Une fonte exemplaire . La figure, un peu plus grande que nature, est en bronze à patine de couleur brun foncé : la surface du bronze est lisse, sans trace de réparation. La fonte a été effectuée à la cire perdue, d’un seul jet, ce qui représentait alors une prouesse technique pour une statue de cette taille, dont les membres sont aussi détachés.

Un maniérisme français .L’attitude tournoyante du corps et la pose en équilibre précaire sur la pointe du pied rappellent le Mercure de Jean de Bologne, œuvre qui lui fut attribuée au XIXe siècle. Ce sculpteur d’origine flamande installé à Florence dans la deuxième moitié du XVIe siècle, influença notablement la sculpture européenne. Pierre Biard, qui est s’est rendu à Rome vers 1577-1590, a pu voir un exemplaire du Mercure, qui s’y trouvait à cette date. Il imprime une force et un dynamisme intenses au nu féminin. La fluidité des volumes se découvre sous ses différents aspects en tournant autour de la statue. Le sculpteur s’est pourtant éloigné du modèle italien par un certain naturalisme. Il modèle un corps aux chairs généreuses et représente la bouche et les joues déformées par l’effort de souffler. Cette recherche de naturel caractérise la forme prise en France par le maniérisme international, appelé seconde école de Fontainebleau.

Bibliographie – BEYER Victor et BRESC-BAUTIER Geneviève, La Sculpture française du XVIIe siècle au musée du Louvre, Bergame, Grafica Gutemberg, 1977, Paris, 1977, n. p.

– PERRIN Joël, “La chapelle et le tombeau des ducs d’Épernon à Cadillac”, in Société archéologique de Bordeaux, t. LXXVII, Bordeaux, 1986, pp. 40-44.


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