Les mauvais jours.

Posté le 02/08/2020 dans Libres paroles!.

Pendant ce temps long du confinement l’Éducation Nationale s’est  trouvée confrontée à de multiples problèmes de réorganisation afin de pouvoir,  malgré Covid19,  répondre à sa mission première « l’enseignement de tous les élèves »…Tous ? Hélas non, certains se sont «évaporés »  dans leurs espaces familiaux, confinés eux aussi, et aussitôt authentifiés comme « décrocheurs »-

Des décrocheurs ? Il y en a toujours eus, sauf qu’ils ne pouvaient s’évader de l’espace clos de la classe, à moins que, d’en certains cas « extrêmes », à en être virés par l’Institution !

 

Les mauvais jours 

Dieu que j’ai détesté l’école

Passé cet âge où tout est beau

Où les mots c’est toi qui t’y colles

Inscrits en blanc sur le tableau

Vous font durablement misère

Vous étiquettent, vous tatouent

Vous humilient tas de pervers

Je vous ai haïs plus que tout                                                                                          

 

Pourtant j’aimais la connaissance

Je dévorais tous les ouvrages

De poésie ou de romance

De religion ou de naufrage

Tandis qu’aux stalles empaillées

Où l’on me forçait à m’asseoir

N’étaient que cris mots détaillés

Comme carcasse à l’abattoir

 

On m’y proposait du diplôme

Ni du bonheur ni du savoir

Des titres pour diriger l’homme

Tous les ingrédients du pouvoir

La dialectique et les rites

Les mensonges aseptisés

De quoi s’insinuer aisé

Dans le costume de l’élite

 

On disait tout travail est noble

C’était une clause de style

Hors de la banque ou du vignoble

Du tribunal ou du concile

Point de salut point d’élégance

Point de réussite assurée

Point d’aisance dans la finance

D’œuvres et de pompes cirées

 

Plantés sur l’estrade,  des troncs

Agitaient en canon leurs branches

Alors qu’en face j’étais prompt

À exiger qu’on me débranche

Qu’on m’autorise à respirer

Autrement que sous assistance

Qu’on cesse de me transfuser

L’adulte en place de l’enfance

 

Mais rien à faire, la prison

De certitude inébranlable

Dans les chaînes de la raison

Tenait serré l’invraisemblable

Et mes rêves, pauvres moineaux,

Coupables de naïveté

Repassaient aux confessionnaux

Leur examen de pureté

 

Volaient des notes, des sentences

Pénitences et punitions

Tout ce qui rime avec souffrance

Châtiments et humiliations

Puis parfois pour que l’âne avance

Un compliment en filigrane

Avec pour toute récompense

Une tape au sommet du crâne

 

Et les jours s’égrenaient, ces jours

Dont je n’aurais jamais assez

S’étriquaient. Pitié. Qu’on ajoure

Le mur que je puisse y passer

La tête, un bras ou juste un mot

Mais répété comme une toux

A l’infini dans ce tombeau

Un petit non de rien du tout.

Benoît Leuret.

Ce poème est extrait de « La lettre des Poètes en Berry »spéciale restons prudents du 29.05.2020.N°10 – cette dernière envoyée par un fidèle et très ancien lecteur des petits Cahiers : Didier Trumeau, lui-même poète et écrivain : son dernier roman « Le Baron», pour les amateurs de roman noir, paru aux Editions « Le Contentieux », 7 rue des Gardénias 31100 Toulouse

tél : 06.31.94.58.63–

Pour en savoir plus et mieux :

Contact : romanrobert60@gmail.com .

https://lecontentieux.blogspot.com

 

 

 

 

 


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